Au hasard du Net, je suis récemment tombée sur une série d’articles commentant la libération de l’otage franco-colombienne Ingrid Bétancourt, détenue par les Farc depuis six ans. Cette libération a embrasé la France à la manière des événements du 11 septembre : une immense émotion collective –mais qui dans le cas présent était positive. Or plusieurs articles s’interrogeaient sur le traitement médiatique de cette libération en des termes pour le moins inattendus : l’un d’entre eux allait jusqu’à arguer que si cette libération a provoqué un tel engouement public, c’est parce que l’otage était une jeune femme (comptez cela comme un premier argument), « sans défense », « frêle et menue », mais néanmoins « glamour ». La question qui vient alors à l’esprit est la suivante : est-ce réellement les médias qu’on déconstruit, ici ? N’est-ce pas plutôt la réalité qu’on reconstruit pour nous, par la lorgnette étroite des stéréotypes sexuels et sexistes ?

Mais élargissons le questionnement : quel est le rôle joué par les médias de tous poils dans la perception des rapports hommes-femmes ?

Le Conseil du Statut de la femme au Québec vient justement de faire paraître les résultats de son enquête Le sexe dans les médias ; le sous-titre étant « obstacles aux rapports égalitaires », on imagine que les conclusions ne sont pas très positives.

Et de fait : Internet, l’espace de prédilection des jeunes, est un espace où la sexualité est très largement présente, le plus souvent sous forme de pornographie. Sur les sites pornographiques, la sexualité, souvent violente, est dissociée de la relation amoureuse. Compétition entre sites oblige, des comportements extrêmes y sont représentés.

Le rapport du Conseil du statut de la femme montre qu’au moment où les adolescents construisent leur sexualité, ces modèles irréalistes et stéréotypés ont des effets tangibles sur le comportement sexuel des jeunes : plus grande précocité des relations sexuelles, modification des attentes en matière sexuelle, hausse de la violence dans les relations amoureuses, plus grande adhésion aux stéréotypes sexuels et obsession de l’image corporelle.

Sur ce dernier point, le rapport note « L’abondance des messages sexuels dans les médias pousse les jeunes à valoriser une image corporelle stéréotypée » : 34% des garçons et 41% des filles de secondaire souhaitent modifier leur apparence.

En matière d’image corporelle, je viens de lire un livre particulièrement intéressant : Fat est un livre collectif qui propose une approche anthropologique de la grosseur. L’un des contributeurs, Rebecca Popenoe, une ethnologue américaine, y décrit le « décapant culturel » que lui avait apporté sa confrontation avec d’autres canons de beauté que les canons occidentaux ; elle effectuait une étude de terrain au Niger. Les arabes du désert aiment les femmes rondes, lourdes, preuve physique de la prospérité de la famille. Par contre, l’économie étant basée sur l’élevage et le commerce avec des tribus souvent éloignées, un homme se doit d’être sec et musclé, car c’est à lui qu’incombe la subsistance de sa famille Encore plus que les stéréotypes corporels pris séparément, c’est leur comparaison qui est intéressante : la disparité de canons de beauté masculin et féminin donne un instantané des rôles sociaux fort différents attribués aux hommes et aux femmes chez les arabes du Niger.

Nos cultures occidentales encouragent le travail des hommes comme des femmes, et nos idéaux de beauté, pour les deux sexes, vont vers des corps sveltes et musclés. Cependant, les évolutions de la mode jettent une lumière différente sur cette apparente égalité des sexes. En effet, si les années 70, féministes, s’étaient accompagnées d’une mode unisexe, trente ans plus tard, non seulement la mode est redevenue sexuée, mais elle s’est aussi fortement sexualisée : le documentaire Sexy Inc. dénonce justement cette culture malsaine qui bombarde les enfants, et particulièrement les jeunes filles, d’images sexualisées et sexistes, véhiculées notamment par le biais de la mode. C’est d’ailleurs l’une des conclusions au rapport du Conseil du Statut de la femme :

« L’industrie de la publicité, la sexualisation des modèles proposés et la dictature de la mode conditionnent les jeunes filles à se soumettre au regard des hommes et renforcent le rôle de la femme-objet ».

Geox Deynna Gris Femme D Sneakers Basses D’une Ingrid Bétancourt réduite à sa seule dimension « sexy » aux modèles colportés par les vidéoclips et les publicités de mode, il y a indéniablement encore du chemin à faire pour arriver à une représentation égalitaire des deux sexes.

Alors en attendant que les médias deviennent un outil de promotion de cette égalité –cela peut prendre un moment…-, on peut toujours aider nos jeunes à décrypter de façon critique les messages médiatiques. Voici quelques ressources qui vous y aideront :

Vous pouvez en outre consulter la partie de notre site Web consacrée à la Sexualité et relations entre les sexes dans les médias.

Evolution (video Dove)

Hypersexualisation : la faute aux médias (Radio Canada)

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